La Madeleine à la veilleuse, dite La Madeleine Terff

Madeleine Georges de la Tour

Il est tard et il n’y a pas un bruit. L’atmosphère est intime, nous sommes au creux de la nuit. On aperçoit une source de lumière. La simple flamme d’une bougie encore ardente qui illumine la pièce, projette des ombres. Le contraste dramatique attire notre oeil. Parfois la lueur vacille. La flamme semble se noyer dans la cire brûlante, liquide, et son mouvement fait danser les ombres autour d’elle. Madeleine est assise tout près, le visage plongé dans la contemplation de la flamme, le menton soutenu par la paume de sa main.

La Madeleine à la veilleuse, dite La Madeleine Terff, Georges de la Tour

Georges de La Tour, La Madeleine à la veilleuse, dite La Madeleine Terff (1642 – 1644), huile sur toile, Musée du Louvre

A quoi pense-t-elle ? Son autre main posée sur un crâne, symbole de vanité humaine, Madeleine doit songer au temps qui passe, à sa condition de femme mortelle, dont l’âme s’éteindra comme la flamme qu’elle observe. 

Une Madeleine pénitente

Elle est assise ici depuis sans doute déjà un long moment, absorbée dans ses pensées. Le drapé de ses vêtements laisse découvrir ses épaules, ses longs cheveux sagement coiffés ressemblant à un long voile. Madeleine est une pécheresse, mais elle a choisi un nouveau chemin, celui de la repentance. Elle a refermé et posé devant elle deux livres épais. Ce sont sans doute des livres saints qu’elle a parcourus, la plongeant dans une profonde méditation. Elle a placé un lourd crucifix à côté d’eux, ce qui ne laisse aucun doute au sujet qui occupe son esprit. Les couleurs de ses vêtements insistent sur sa double nature, entre le blanc symbole de pureté et le rouge, ambigu, parfois symbole du péché et d’autres fois de la rédemption.

La flamme vacille de nouveau. Soudain la lumière met en relief son visage et son décolleté, qui souligne encore son passé de courtisane. Madeleine caresse le crâne posé sur ses genoux, dans un moment d’introspection et de quête spirituelle. Elle souhaite trouver le salut pour son âme, et l’on imagine dans son esprit une multitude de questions existentielles. Madeleine ne prête pas attention à nous autres spectateurs, mais le tissu rouge de son vêtement sur le sol nous frôle, créant un lien entre nos destinées. Devrions-nous nous joindre à elle, partager ce moment d’élévation spirituelle, abandonner le péché pour obtenir la grâce divine ?

La flamme continue de danser dans la pénombre jusqu’aux premiers rayons de l’aurore, enveloppant Madeleine d’une douce chaleur, la bougie diminuant à mesure que les heures de la nuit s’écoulaient, comme les jours d’une vie.

DERNIERS ARTICLES



NEWSLETTER